• Le Cyclope

    Un cyclone tord mon cœur avec son œil malveillant. Trop d'idées, trop de pensées dont les lettres s'entremêlent et me laissent sans voix. Il hurle. Aussitôt qu'il s'amplifie, c'est comme si tourbillonnaient des milliers d'yeux à moitié bouche. Hères fantastiques, ces bêtes sourdes m'oppressent, me lamentent, m'attendent au tournant. Elles m'encerclent vicieuses.

    Mon seul refuge est le sommeil, quand les vents me laissent m'endormir. Et s'ils ne me ravissent pas brusquement au cœur de la nuit, j'espère, dès le lendemain, recouvrer mon esprit clair de lune. Cependant, les réveils sont troubles, acides et vaporeux. Le soleil se cache mais illumine les nuages, et il se met chaque jour à pleuvoir des lueurs d'amour.

    Qu'il tonne, vente ou pleuve, les étoiles continuent de me guider, comme une chevelure blonde pointant l'horizon. Et lorsque enfin j'aperçois l'astre du jour flamboyer, c'est comme si j'assistais (émerveillé) à la renaissance du phénix : toujours plus beau, plus fier, plus fort... à tel point que mon ombre elle-même n'est plus que lumière en sa présence.

    Chaque matin, je redécouvre que l'amour me fait vivre, et pour goûter à une telle sensation, je laisserai les pires cauchemars hanter mes nuits, pour peu que chaque matin tes caresses me retiennent.

    Catégories : Prose poétique
  • Détournement

    Sa morsure est le sourire de la beauté,
    Et les femmes ont de sacrées bonnes dents, quand j'y pense !
    Comme si le serpent de leur cruauté se croquait la queue...
    À tel point que je me demande si ce n'est pas le serpent qui s'est donné la mort en mordant Cléopâtre.

    Catégories : Écriture, Poèmes
  • Le Masque-buse

    Je dois vous avouer quelque chose : je suis le Masque-buse.

    Non pas tant l'objet qui suggère un visage, mais le personnage qu'il me fait incarner : taquin, joueur, franc-tireur... trop peut-être. Mes répliques trompent mes camarades sur la scène et les assassinent. Ils ne se relèvent jamais. L'Archer me dévisage avant de s'effondrer, j'entends encore ses flèches dans mes yeux, l'Arbalétrier se mange le pied à l'étrier et l'Arquebusier hurle au plagiat. De quoi ? De moi ! Je me plagie moi-même et aucun acteur ne m'en empêche, les spectateurs... n'en parlons pas ! D'ailleurs, je suis pour eux invisibles, même s'ils s'alarment en ma présence ou me détestent. Leurs émotions nourrissent ma vanité, je vampirise leur passion.

    Un chevalier est venu l'autre soir me défier à l'épée, tout caparaçonné ; la légende courait que je n'étais déloyal qu'avec les tireurs. À peine a-t-il croisé mon regard amusé qu'il en a chuté de son cheval, tout tranché. Avant de mourir, il s'est dit abusé. Je ne jurerais pas qu'il l'a entendu, mais, je vous l'assure comme je lui ai avoué : je suis le Masque-buse !

    Pris de terreur, les spectateurs s'offusquent de ma prestation lorsqu'il ne reste plus personne de vaillant dans la pièce, et que mon monologue tombe à la manière de lourds rideaux poussiéreux et oppressants. Ils suffoquent alors aussitôt, comme vous maintenant, quand ils réalisent enfin, aux portes de la mort, que je suis sans visage.

    Catégories : Écriture, Prose poétique