• La tombe de sel

    Elle venait de prier les dieux de la satiété, pour encore souffrir, encore avoir faim. C'était sa raison de vivre, ressentir ce manque : un trou béant fait de honte et de désirs inavouables. Ils l'exaucèrent. Elle eut faim comme jamais : victime d'un appétit maléfique, elle voulut engouffrer toutes sortes de choses dont elle ignorait jusqu'à l'existence. Mais sa faim la creusait, comme une tombe. C'était ce qu'elle voulait : mourir dans l'envie, au plus proche de son être. Et lorsque, enfin, elle eut tout dévoré de son monde intérieur, elle se mangea elle-même avec un peu de sel. Et tous la regardèrent se décharner sans lever le petit doigt, de peur qu'elle ne le mange aussi. Quand il ne resta plus que le crâne qui mastiquait ses propres dents, des curieux se dispersèrent tandis que d'autres se mirent à prier, adressant à ce nouveau dieu leur désir de satiété.

    Catégories : Prose poétique
  • Deuil de Sphinge

    Je cauchemarde à cette idée
    Qu'au bout de moi le vide espionne
    Au quart de tour, pour me piéger.

    Je rêverais que tu me guettes
    À mon retour, griffue lionne,
    Tant que s'accule en moi la bête.

    Je songe à toi la nuit venue :
    Deuil de Sphinge qui me questionne,
    La prime peur dont l'oeil se tue.

    Je dors pourquoi ? J'attends la mort
    Comme un cerveau qui se rationne,
    Une illusion devant la mort.

    Réveille-toi, maudit humain !
    C'est l'avenir qui t'auditionne,
    Et toi tu fuis les lendemains ?

    Pense à ton coeur, il te fait vivre
    Et non souffrir ; il se passionne
    Pour un éther où l'âme est ivre.

    Deviens toi-même au prix coûtant,
    La liberté, tu l'ambitionnes,
    Dérobe à point le fruit du temps.

    J.C. 26 février 2009

    Catégories : Poèmes
  • De pluies et de chair

    Si j’étais un dinosaure, je serais leur dieu, fait de pluies et de chair sans une once d’esprit, tout au plus empli de pulsions insoumises. Plus longs qu’une vie, mon cou serait ma colère et ma queue ma convoitise, ils me verraient tel que je suis : seul et symbolique, et mes pattes porteraient leurs espoirs pathétiques. Tonne après tonne, je broierais leurs prières si elles s’échappaient, si elles chutaient de mon dos voûté en guise de ciel orageux, jusqu’à ce qu’à cause d’eux je patauge dans la boue de nos souffrances conjointes. Ils me laisseraient m’y empêtrer, car c’est dans la nature des choses. Jusqu’à ce que l’orage passe. Jusqu’à ce que ma colère s’affaisse, jusqu’à ce que je ne désire plus rien d’autre que reposer là, oublié de tous, léguant le fossile de ma rancœur à l’Histoire.

    J.C. - 15 janvier 2016

    Catégories : Prose poétique
  • Mots restés

    Le vide est inspiré
    Par ce que l'on veut tuer de soi,

    Souvenirs souffreteux
    Et autres vérités du terroir.

    Il faut, pour s'accomplir,
    Agir au devant des non cachés.

    Parler est être lent,
    Nier, se réduire aux mots restés.

    J.C. 10 mars 2009

    Catégories : Poèmes
  • Rendez-vous au 14

    Ce blog a pour vocation de réunir mes deux passions que sont l'écriture poétique et le jeu de rôle.

    Pour l'une et pour l'autre, j'ai choisi deux pseudonymes différents :

    Jules Cybèle est mon âme de poète, sombre et lyrique à souhait. Elle vous poignardera de ma plume au plus profond de votre être, puis fera de votre sang son encre.

    Paragraphe 14 est mon cœur de rôliste, source d'évasion en des mondes fabuleux, il vous fera jouer mais ne se jouera jamais de vous. Rendez-vous dès à présent au 14.

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    Catégories : Actualité, Plan du blog