Jules Cybèle
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12-01-2010

Une jeunesse perdue dans un abattoir d'hommes

Ephrem INGANJI

Une jeunesse perdue dans un abattoir d'hommes l’Harmattan, 2009

Rwanda, un voyage dans un pays ensanglanté


jeunesseL'innocence peut-elle écrire un roman ? Je suis honteuse de pleurer alors que toi, le plus concerné, tu arrives à te retenir. Oui, si elle a la force de survivre. Nous sommes confrontés à la position stagnante des génocidaires en liberté et au courant négationniste qui soutient leur cause, ou pire, rend leurs crimes légitimes. Même à l'échelle la plus illusoirement banale. Allez, raconte-moi ton histoire...

L'innocence peut-elle questionner l'histoire ? Sans risquer de se mouiller (de larmes), de se souiller. Ce qu'il a vécu n'est pas à raconter dans un café ! L'innocence qui sait n'est plus innocente. J'ai vu la mort sous son plus laid visage, sous forme humaine.

Ephrem a choisi le roman pour nous raconter son histoire. Lui qui traditionnellement en parle dans sa langue, où il est poète. Il l'a divisé en 100 chapitres, en mémoire aux cent jours du génocide.

Et voici mon témoignage : les lire a été comme une descente aux enfers.

Au début, le démon nous présente son récit sous des airs d'insouciance, de légèreté. Et, bien qu'il nous fasse entr'apercevoir l'enfer en prélude, tout est déjà calculé pour que l'innocent lecteur s'attache aux larmes de Sandra, la muse, recueillies au creux des ailes de Cédric, l'ange. Ensuite, l'injonction fatidique est lâchée : raconte-moi ton histoire. Le ton devient sérieux, réflexif. Qu'est-ce qui te fait croire que je te parlerai de moi autant que tu voudras ?

L'innocence du lecteur se brise, car il brûle d'envie de connaître l'histoire. Les flammes de l'enfer l'attirent comme autant de promesses d'un récit palpitant. Après tout, c'est une fiction ! Et quoi de mieux qu'une fiction pour raconter l'indicible ? Alors on se laisse glisser à toute vitesse sans plus pouvoir se rattraper. Car c'est avec machiavélisme que l'auteur, ce démon, attise notre curiosité. Quel fantôme va-t-il invoquer pour mettre en scène l'indicible ? J'aurai tant aimé vous laisser dormir, mais je suis le fruit d'une histoire difficile...

Bien sûr on sait que cela va se terminer, on sait qu'il y aura une fin à cette guerre dépourvue de sens. Mais il faut que les flammes nous ait brûlé bien fort pour avoir envie de se réveiller d'un tel cauchemar, on y est comme prisonnier. Enfermé dans des questions sans réponses : oscillant entre comment ? et pourquoi ? L'horreur absolue ! Ainsi, ce n'est qu'après avoir piétiné les restes inconsistants de notre illusoire innocence que nous réalisons la pérennité du cauchemar. Car celui-ci existera tant qu’anges et démons pourront le raconter. Il n’avait pas peur de la mort, c’est vrai, mais il avait peur de la vie. Et le rêve serait de penser qu’il n’a pas eu lieu.

Enfin, l’histoire se termine (quel dommage) sur une note angélique. Elle portait une bague de fiançailles. Son unique défaut... Après nous avoir intrigué, touché, captivé puis tourmenté, l’auteur déploie ses ailes et s’envole, nous plantant là !

C’est avec un profond respect, Ephrem, mais un réel engouement que Jules Cybèle attend de ta plume diabolique un prochain roman.


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12-01-2010, 04:49:33 Jules Cybèle
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11-11-2009

Par des mots d'errance

Par des mots d'errance de Delphine BOUNEB
Aux Editions Chloé des Lys, 2007.


erranceUn froid désert éternellement défiguré. Au milieu de nulle part, une allée dallée sans début ni fin joignant deux horizons intouchables. Un être arpente ce chemin le sabre au poing, une plume mortelle au baudrier. Il contemple une surbrillance aride, une myriade d'éclats. Est-ce un jeu de lumières, un trésor enfoui, des lames qui s'affrontent ? Ou les larmes du ciel... Un vent de nostalgie vient caresser ses pas songeurs. Il balaye un sable mêlé de passé, les bords du sentier sont en cendres de papier. Mais la denrée la plus précieuse en ce désert est l'encre des souvenirs. Une encre nourrie au sang des entrailles de la terre, une terre hostile et envoûtante.


Morceaux choisis :

Dans les sables mouvants, creusant leurs derniers pas,
Le nacré d'horizon a jailli d'un fracas.
Crayonnant de son art, mosaïques des murs,
De contours douloureux de chimères obscures.


J'ai peint les mosaïques éclaboussées de sable. Plume d'errance, p. 16.

Tels des flocons tombant, lorsque l'éclair arrive,
Neige blanche qui s'étend, en recouvrant les rives,
Je souris aux demains, en songeant à nous deux,
Pour ne croire qu'au refrain des enfants malheureux.


Tous nos secrets s'effacent lorsque tombe la pluie... Plume de coeur, p. 26.

Un carnet à ses pieds, l'image des armures,
Méandre des épées, paginées de tortures.
L'homme s'effondre dans le sable, une plume aux lèvres,
En un rythme impalpable, il empoigne son glaive.

Puis jaillit de son corps, une coulée de noirceur,
Des écrits et trésors, terrés en première heure.


Un homme meurt seul dans le désert. Plume obscure, p. 30.

 


Retrouvez Delphine Bouneb, alias Sahel, sur son site : www.sahel-artiste.com ou ici Le Grenier des Mots-Reflets


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11-11-2009, 17:16:11 Jules Cybèle
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