Rendez-vous au 14 - Page 5

  • Les étranges talents de Flavia de Luce

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    Un roman policier, certes. Mais ne surtout pas se fier à la quatrième de couverture de la version de poche (10|18) qui annonce "ce roman aux accents d'Agatha Christie et de Lewis Caroll". En effet, rien de fantastique, de surréaliste ni de métaphorique dans ce récit qui s'avère plutôt même scientifique. Quant à Agatha Christie, je suppose qu'il y a lieu de trouver des points communs entre n'importe quel récit policier et au moins un de ses romans. Le genre d'Alan Bradley est quelque peu autre.

    Nous somme en Angleterre, à l'époque du roi George VI, aux portes de l'été 1950. L'intrigue se déroule dans une bourgade aux alentour du château de Buckshaw (domaine de la famille de Luce), et dans le château même. La narration se fait par le monologue intérieur du personnage principal.

    L'héroïne, Flavia de Luce, est une curieuse petite fille d'onze ans. Elle est la fille de Haviland de Luce, colonel à la retraite, et d'Harriet, disparue après une chute d'alpinisme vers ses 1 an (Flavia, pour qui sa mère demeure une inconnue se plaît à l'évoquer par son prénom). Ses deux sœurs aînées, Ophélia (Fély) et Daphné (Daffy) lui mènent la vie dure, mais elle le leur rend au centuple ! Il s'agit d'un personnage savant, calculateur, ingénieux et teinté de la froideur émotionnelle des de Luce. Sa grande passion est la chimie (Lavoisier est l'une de ses idoles), à laquelle elle s'adonne régulièrement au su de tous dans le laboratoire familial ; avec un faible à peine voilé pour les poisons.

    Un inconnu assassiné dans le potager, le père, suspect principal, en détention provisoire... et l'enquête commence. Pas seulement pour la police, mais aussi pour Flavia, prête aux plus folles investigations et pleine de suite dans les idées ! L'inspecteur Hewitt, qu'on ne verra que par épisodes, vient généralement corroborer (sans le savoir) les suppositions de Flavia ou lui donner de nouvelles pistes. Leurs enquêtes parallèles se recoupent, mais Flavia a parfois une méthode moins orthodoxe. Sa chimie lui est d'une grande utilité.

    Le personnage principal est attachant, ses développements tiennent la route, peut-être un peu trop pour une enfant de cet âge, mais, justement, cela fait partie du personnage : une sorte de savante folle prépubère aux préoccupations morbides. Les personnages secondaires et quelques protagonistes ne manquent pas de vie ni de cohérence. Le style est malgré tout plutôt linéaire, se distinguant par la redondance quasi-systématique des "comparaisons" qui alourdissent le texte. Les allusions scientifiques raviront les intéressés mais pourront décontenancer le béotien (que je suis). L'intrigue est assez simple, sans nécessairement être convenue ; mais j'espère que le meilleur est à venir, car les idées développées autour des personnages ont du potentiel, et le manoir familial (Buckshaw) n'a peut-être pas livré tous ses secrets. Je laisserai à Alan Bradley une seconde chance de me séduire plus globalement.

    L'ouvrage The Sweetness at the Bottom of the Pie (titre original) a remporté les prix Debut Dagger Award, Agatha et Arthur Ellis. Son auteur, Alan Bradley, est un septuagénaire canadien. La série comporte 6 épisodes dont 3 traduits en français, elle connaît un franc succès et sera bientôt adaptée en série télévisée par Sam Mendes (American Beauty).

    Lire une autre critique sur Paperblog.

    Lire la critique du tome 2 : La Mort n'est pas un jeu d'enfant. (À venir)

    Lire la critique du tome 3 : La Mort dans une boule de cristal. (À venir)

    Consulter le blog de Flavia de Luce (anglais).

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    Catégories : Coups de noir
  • Le Cyclope

    Un cyclone tord mon cœur avec son œil malveillant. Trop d'idées, trop de pensées dont les lettres s'entremêlent et me laissent sans voix. Il hurle. Aussitôt qu'il s'amplifie, c'est comme si tourbillonnaient des milliers d'yeux à moitié bouche. Hères fantastiques, ces bêtes sourdes m'oppressent, me lamentent, m'attendent au tournant. Elles m'encerclent vicieuses.

    Mon seul refuge est le sommeil, quand les vents me laissent m'endormir. Et s'ils ne me ravissent pas brusquement au cœur de la nuit, j'espère, dès le lendemain, recouvrer mon esprit clair de lune. Cependant, les réveils sont troubles, acides et vaporeux. Le soleil se cache mais illumine les nuages, et il se met chaque jour à pleuvoir des lueurs d'amour.

    Qu'il tonne, vente ou pleuve, les étoiles continuent de me guider, comme une chevelure blonde pointant l'horizon. Et lorsque enfin j'aperçois l'astre du jour flamboyer, c'est comme si j'assistais (émerveillé) à la renaissance du phénix : toujours plus beau, plus fier, plus fort... à tel point que mon ombre elle-même n'est plus que lumière en sa présence.

    Chaque matin, je redécouvre que l'amour me fait vivre, et pour goûter à une telle sensation, je laisserai les pires cauchemars hanter mes nuits, pour peu que chaque matin tes caresses me retiennent.

    Catégories : Prose poétique
  • Détournement

    Sa morsure est le sourire de la beauté,
    Et les femmes ont de sacrées bonnes dents, quand j'y pense !
    Comme si le serpent de leur cruauté se croquait la queue...
    À tel point que je me demande si ce n'est pas le serpent qui s'est donné la mort en mordant Cléopâtre.

    Catégories : Écriture, Poèmes
  • Le Masque-buse

    Je dois vous avouer quelque chose : je suis le Masque-buse.

    Non pas tant l'objet qui suggère un visage, mais le personnage qu'il me fait incarner : taquin, joueur, franc-tireur... trop peut-être. Mes répliques trompent mes camarades sur la scène et les assassinent. Ils ne se relèvent jamais. L'Archer me dévisage avant de s'effondrer, j'entends encore ses flèches dans mes yeux, l'Arbalétrier se mange le pied à l'étrier et l'Arquebusier hurle au plagiat. De quoi ? De moi ! Je me plagie moi-même et aucun acteur ne m'en empêche, les spectateurs... n'en parlons pas ! D'ailleurs, je suis pour eux invisibles, même s'ils s'alarment en ma présence ou me détestent. Leurs émotions nourrissent ma vanité, je vampirise leur passion.

    Un chevalier est venu l'autre soir me défier à l'épée, tout caparaçonné ; la légende courait que je n'étais déloyal qu'avec les tireurs. À peine a-t-il croisé mon regard amusé qu'il en a chuté de son cheval, tout tranché. Avant de mourir, il s'est dit abusé. Je ne jurerais pas qu'il l'a entendu, mais, je vous l'assure comme je lui ai avoué : je suis le Masque-buse !

    Pris de terreur, les spectateurs s'offusquent de ma prestation lorsqu'il ne reste plus personne de vaillant dans la pièce, et que mon monologue tombe à la manière de lourds rideaux poussiéreux et oppressants. Ils suffoquent alors aussitôt, comme vous maintenant, quand ils réalisent enfin, aux portes de la mort, que je suis sans visage.

    Catégories : Écriture, Prose poétique
  • Auteur d’un soir

    C’est aux confins de l’aigreur
    Que s’efforce de penser votre auteur

    Il geint de tout son cœur
    Fendu comme le ciel aux couleurs de l’orage

    Il gronde l’enfant dans son sommeil
    Qui ne veut jamais se taire

    Étouffe sa vie dans un battement de colère
    Et s’apitoie loin de lui-même

    Près de toi

    Toi le lecteur avide
    Qui ne comprends rien à ses déboires

    Ou qui les confonds avec les tiens
    Par paresse empathique

    Pourquoi fait-il cela ?

    Parce qu’il ne craint pas ta critique
    Il la provoque

    Sur son domaine, il ne craint pas l’échec
    Il sait que tu t’en délectes

    Catégories : Écriture, Poèmes
  • Lecture et plaisir

    « La lecture n'est pas un plaisir de substitution. Vue de l'extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l'intérieur, elle inspirait ce qu'inspirent les appartements dont l'unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s'embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire (Amélie Nothomb, Antéchrista, 2003, Albin Michel, p. 61). »

    « Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l'opposé de la vérité : lire, c'est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré (Id., p. 143-144). »

    Catégories : Citations
  • Point-virgule

    Acte I – Scène 2

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    Elle sert son bras comme un corset

    Sur sa timide identité

    Où se déploient ses nudités ;

    Force est d'en constater l'accès.

    Je m'y faufile dépossédé,

    Feignant cette absurde surdité

    Qui vers elle déjà me balance ;

    Je me blottis dans son silence.

    Autour, l'amour est si léger

    Que seuls les battements de nos cœurs

    Nous ancrent à la réalité...

    Vite ! De l'eau, pour calmer l'ardeur !

     

    © Erika Corin (modèle), Arnaud Feron (photo) & Jules Cybèle (texte)

    Catégories : Écriture, Poèmes