Sur ma plume

  • Chronique sur Sueurs Froides

    Le Jet chroniqué par Yannik Vanesse sur Sueurs Froides, un site qui vois fera réfléchir à deux fois avant de plonger dans un livre ! Le risque d'avoir peur, n'est pas un risque à prendre à la légère !!

    → Lire la chronique de Yannik

    « Le Jet n'est pas tant une histoire qui se lit, qu'un récit de vie. »

    « Vampire, nymphe, fantôme, sont ainsi certaines des créatures que le narrateur – et par là-même le lecteur, qui l'accompagne au plus profond de son imaginaire croise, dans des lieux aussi familiers que parlants. Le récit est toujours à la lisière de l'érotisme cru et du gore sauvage... »

    « Les illustrations contribuent aussi à plonger dans cette histoire. Le style des dessins est sombre, mais chargé d'érotisme, le trait simple ne faisant qu'accroître la qualité de ces femmes stylisées. »

  • Sur ma poésie

    Réflexions sur ma poésie de 2002 à 2009


    Ce sont amis que vens enporte.
    Et il ventoit devant ma porte


    J’ai gardé le souvenir impérissable de l’écho ressenti quand j’entendis pour la première fois ces vers d’un autre temps. Rutebeuf et ses complaintes avaient quelque chose de poignant pour moi. Écrire pour se plaindre, une drôle d’idée ? Pas tant que ça. Certes, entre le pauvre poète et moi il y a plus de six siècles d’histoire et les contraintes de la vie ne sont guère plus à comparer. Nous ne vivons pas mieux pour la cause.

    Ces dernières années, le vent a soufflé devant ma porte. Mais aucune de ces amitiés envolées ne m’aura inspiré la moindre poésie. Plus propices furent les tempêtes de l’amour. La climatologie du cœur des poètes est bien incertaine. Il y vente la plupart du temps. Les nuages y sont tantôt blancs, tantôt gris ou noirs, annonciateurs de l’orage. En hiver, la neige lui offre sa douceur timide et bienveillante. Mais quand le ciel est dégagé, le poète garde à l’esprit que les joies du soleil peuvent à tout moment se changer en démons du désert et dessécher toute forme de vie.

    La vraie Muse du poète, c’est son cœur. Avec ses aléas, ses paradoxes, ses paroxysmes et décrues. Les inspiratrices qui entretiennent tour à tour la flamme du lyrisme éveillent cette Muse intérieure, connectant le poète à lui-même, le sensibilisent. Parfois trop. Lorsqu’il est éperdu, l’homme perdu croit soudain prendre conscience de lui-même. Mais la certitude de soi ne vient que par la douleur : « Pince-moi, dis-moi que je rêve ». Comment éviter de se plaindre ?

    La pluye nous a buez et lavez,
    Et le soleil dessechiez et noircis ;
    Pies, corbeaulx nous ont les yeux cavez,
    Et arrachié la barbe et les sourcis.


    Même les morts se plaignent ! Par la plume du prince des poètes, leurs cadavres ballotés implorent notre humanité. L’idée de la mort terrorise. La regarder dans les yeux, c’est déjà la relativiser. Mais l’écrire c’est tenter de la maîtriser. Aux temps de Villon et Rutebeuf, vivants et trépassés cohabitaient. Aujourd’hui, pour être un mort à la page il faut des crocs et un charme d’enfer. La nécrophilie s’est auréolée d’érotisme gothique.

    Le revenant, c’est d’abord la crainte d’être tourmenté. Nos fantômes intérieurs en sont la cause principale, mais nous les projetons à l’extérieur. Ce peut être aussi le refus de reconnaître à la mort son caractère irrémédiable. On cherche à communiquer avec les esprits parce que la coupure avec l’être cher est insurmontable. Le lien qui unit la mort à la vie est indéniable, cependant l’une conclut l’autre. Mais nombreux sont ceux qui préfèrent ponctuer d’une virgule plutôt que d’un point le très long récit de l’existence.

    Après la virgule, le vampire moderne raconte une nouvelle histoire, souvent romantique et torturée, pleine de savoirs et de nostalgies. Il est aussi diabolique car il séduit. La mort séduit ? Ou serait-ce l’immortalité, le fait d’être plus fort que la vie et que la mort ? En somme, être un dieu ou un démon ?

    Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
    Plutôt que d’implorer une larme du monde,
    Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
    À saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.


    Je déteste me plaindre et j’ai peur de mourir. Pourtant, c’est ce que je fais et il va bien falloir que je meure un jour. Aussi, je ne souhaite pas qu’on me plaigne mais qu’on m’écoute, sans fuir à la vue de mon cimetière. Je vous invite à broyer du noir pour en extraire les couleurs essentielles. Celles de l’espoir.

    Au-delà de la finitude, la mort se terre en des coins insoupçonnés de l’existence. De l’être. Elle s’y fond, s’y refond jusqu’à s’y confondre. Et quand elle refait surface, il vaut mieux que ce soit dans les mots que dans les actes.

    Mais si elle apaise ou donne corps au vécu, l’écriture ne doit en être ni la geôle ni le dépotoir. Sachons ce qu’on écrit et pourquoi on l’écrit. Ne laissons pas les mots nous diriger, car ils sont les porte-paroles de nos fantasmes au bout des doigts et s’accommodent au mieux d’un inconscient souvent rejeté ou incompris, mais toujours capricieux.

    Quant à vous, lecteurs, rappelez-vous qu’à trop vouloir décortiquer la poésie on oublie d’en ressentir l’écho aux tréfonds de soi. La poésie aura toujours le sens que vous lui donnerez. C’est ici qu’il est intéressant de projeter vos fantômes.

    La chair de la Femme est comme un Cantique
    Qui s’enroule autour d’un divin clocher,
    C’est comme un bouton de fleur de pécher
    Éclos au Jardin de la nuit Mystique.


    La mort d’un côté, les femmes de l’autre. Puis tout ce qui peut se perdre entre les deux, notamment le sang. Voici les ingrédients d’une poésie symboliste aux relents décadents qui fut d’abord un exutoire avant d’être un jeu d’esthète. Pour un premier recueil, je n’y aurai pas été de main morte. Mais j’aurai pesé chacun de mes maux avant de les coucher.

    Sus-je faire les deuils d’une représentation nécrosée de l’être féminin ? Le refus de voir la femme dans sa dimension pécheresse m’aura joué bien des tours. Et ce n’est qu’en assumant cette dimension en moi-même que j’ai pu lui reconnaître sa complémentarité fantasmatique.

    Je prône la liberté du fantasme et de sa saine expression, qu’elle doive passer par l’acte, la parole, l’écrit ou la seule imagination, pour m’être trop longtemps interdit, non pas de fantasmer, mais de reconnaître à l’autre sexe son droit d’en vivre autant.

    Morale chrétienne ou illusion d’un mythe platonique ? Les deux revêtent une part importante en mon bestiaire poétique. Le premier m’aura servi de prétexte pour avoir à secouer la bienséance, le second, à assumer autrement l’amour fusionnel.

    Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
    Et que languissamment je me tournai vers elle
    Pour lui rendre un baiser d’amour, je ne vis plus
    Qu’une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus !


    Au terme d’une relation, qu’elle fût longue et douloureuse, éphémère, voire anecdotique, virtuelle ou charnelle, j’ai souvent eu cette impression d’être une épave à la dérive. Au mieux, une coque de noix mal embarquée, au pire, un corps exsangue. Une marionnette qu’on aurait dévitalisée.

    Désormais, je puis admettre, citant Baudelaire, qu’en vérité « je suis de mon cœur le vampire ». À me complaire en le bourbier d’un passé tortueux, j’en oubliais que l’avenir nous appartient.

    Pour permettre à la poupée d’aimer sans envahir et d’être aimée sans revendiquer, il m’aura fallu porter un regard critique sur le présent et, au besoin, couper quelques fils du passé trop tenaces. Au lieu de creuser ma propre tombe, j’ai paré les temps anciens d’un crépuscule poétique. Je ne crois pas aux fantômes, ni donc en leur exorcisme. Je perçois la vie comme un canevas qu’on blanchit régulièrement pour y repeindre sans cesse, qu’on remplace sans l'effacer.

    Mes textes expriment ces deuils, observés à la lumière d’une vie mais aussi de la psychanalyse. J’aurai choisi (inconsciemment) d’en faire le thème d’un recueil tout en gardant l’œil ouvert sur les nuits de mon cœur, sans l’ombre desquelles je ne serai pas devenu poète.

    ***

    Références poétiques :

    Ce sont amis que vens emporte (Rutebeuf).
    La ballade des pendus (François Villon).
    Le mort joyeux (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal).
    Platonisme (Adoré Floupette, pseudonyme pour Henri Beauclair et Gabriel Vicaire).
    Les métamorphoses du vampire (Baudelaire, Épaves).

    Catégories : Réflexions, Sur ma plume