Prose poétique

  • Dinosaur erotica

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    Le vélociraptor se tenait embusqué à l’ombre d’un bao-bab, tandis qu’elle déambulait nue et comme perdue à l’orée de la forêt, avec, pour seul guide, une lune coquine. Cet air ingénu était une ruse... [suite très érotique, âmes susceptibles s'abstenir]

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    Catégories : Écriture, Prose poétique
  • Lady Black Ale

    Ce soir-là, je voulus me changer les idées, sortir de mon intérieur. Je me suis retrouvé au Beer Lovers', seul, j'ai commandé une Libertine Black Ale, seule aussi. La belle m'intriguait, trop. Je brûlais d'envie ne fût-ce que de sentir son parfum ou d'effleurer son onctuosité du bout des lèvres. Alors, quand elle est arrivée, j'ai sauté sur l'occasion pour faire connaissance : elle s'est laissée saisir délicatement, s'est approchée de mes yeux et m'a soufflé quelques mots, trop peu, avant de me filer entre les doigts ! Après tout, je n'étais qu'un inconnu. Mais n'était-elle pas une inconnue pour moi aussi jusqu'à cet instant, trop bref ? J'ai pensé qu'il me fallait me faire connaître. Aussi tentai-je une autre approche, moins brusque mais toujours déterminée. J'ai saisi son corps, translucide et froid comme une âme en peine, avec autant de franchise que de liberté, ce dont elle ne s'offusqua point. À cet instant précis, j'en sus davantage que je n'en avais savouré, demeurant cet inconnu poli tandis qu'elle rayonnait dans sa robe noire, épaisse comme un rêve où l'on meurt embourbé. Et là, c'en fut assez ! Je n'en pus plus et l'empoignai violemment, la forçai à s'incliner en lui remontant sa robe et la fis se vider jusqu'à la dernière goutte ! Que ce fut bon ! Elle coulait enfin en moi, tel un sombre secret dont je caressais les unes après les autres les moindres subtilités, inviolées jusqu'alors. Elle avait le goût de mon impatience et l'amertume de mes rêves. Mais quand je voulus la relâcher, je m'aperçus qu'elle était partie pour de bon. Mon erreur était consommée. Entre nous, que me reste-t-il d'elle, si ce n'est ce goût de trop peu ? Et elle, qu'aura-t-elle appris de moi, si ce n'est la maladresse éprouvée de ma solitude ?

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  • Ne me le dites pas !

    Je voudrais n'être qu'un rêve, noir. Une certitude sans nuance ni tonalité. Sans servitude, une humeur naissante qui ne se tarit jamais, jamais ne se tait, toujours grandit, sans vie, sur son lit de feuilles vierges, une plume coincée au travers de la gorge. Une pulsion de mort poétique, une idée suicidaire, mais juste une idée : le mot de la fin. Le piège tendu d'une conclusion qui tire en longueur. Que ne suis-je une impression de déjà-vu ? Si je pouvais n'exister que dans les yeux, à fleur de peau ou sur le bout de la langue... J'aimerais n'être qu'une longue hésitation, sans tension, une envie qui ne sait pas ce qu'elle veut mais sûre, au moins, d'exister. Tout au plus, une sirène qui ne s'arrête plus de hurler, la conscience permanente du danger de vivre, qui s'alarme au moindre battement de cœur. Finalement, je me sens comme un cœur, coupé du monde, coupé tout court et déposé là, par terre. Ne me dites pas que vous ne l'aviez pas vu ??

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  • Café blasé

    Cette fois, mon café glacé a la saveur d'une autruche. Très en colère. Il ne manque plus que les plumes pour qu'il lui pousse des ailes. L'eau et l'air, tout et son contraire... Pourquoi l'ai-je bu ? L'ai-je voulu ? Il m'a plu. Vous le savez, je l'ai bu, alors, qu'attendez-vous de savoir de plus ? Vous aimeriez que je vous raconte, ce nectar aigu, cette coquille tiède qui, percée à jour, vous déverse son œuf marron glacé, cette cassonade qui se fait désirer. Vous auriez voulu que je vous dise, qu'il vous séduise, que vous flûtes enchantées de le savoir ! Mais vous l'eussiez bu à ma place. Cela ne s'eût pu. Jamais ! Allez tous vous faire boire ! Moi je préfère vous noyer dans la noirceur, vous étouffer avec des plumes d'autruche très énervée, tout en vous évitant le ridicule du redondant. Permettez-moi d'étendre votre palais aux succursales de mes goûts contrastés, sans avoir à trop en dire. Il suffira de délier vos langues, sans en baver. Ce qui ne sera pas donné, je le concède. Et reprendre sera voler.

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  • Ainsi, je mourrai

    La bière coule en moi comme un volcan. L'amer dévale le dédale de mes pensées, saturées, je voudrais m'y noyer, mais le feu aura raison de moi avant que je ne cesse de respirer. Je veux mourir étouffé, privé de câlins, mais saoul. Dévoré, consumé, mais entier. Je veux n'être qu'un cadavre, un pied de nez à la réalité, qui dit merde à tout sauf au bon sens. Même au bon goût. Je veux me fumer, me rôtir à la broche, au moins j'aurai une bonne raison de tourner en rond. Je veux me dépecer, m'arracher la plume et tacher vos vies avec mon sang. Ainsi, je saurai que mes mots vous auront touchés.

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  • La chute originelle

    La pluie était tombée, tellement fort que le Ciel avait rejoint la Terre. Les titans soupirèrent longuement, plongés à nouveau dans le Chaos originel. Au moins, la pluie avait cessé. Stagnante, elle devint l'Océan. Alors le Ciel et le Terre conçurent à nouveau le monde... mais, cette fois, sans nuages.

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  • La tombe de sel

    Elle venait de prier les dieux de la satiété, pour encore souffrir, encore avoir faim. C'était sa raison de vivre, ressentir ce manque : un trou béant fait de honte et de désirs inavouables. Ils l'exaucèrent. Elle eut faim comme jamais : victime d'un appétit maléfique, elle voulut engouffrer toutes sortes de choses dont elle ignorait jusqu'à l'existence. Mais sa faim la creusait, comme une tombe. C'était ce qu'elle voulait : mourir dans l'envie, au plus proche de son être. Et lorsque, enfin, elle eut tout dévoré de son monde intérieur, elle se mangea elle-même avec un peu de sel. Et tous la regardèrent se décharner sans lever le petit doigt, de peur qu'elle ne le mange aussi. Quand il ne resta plus que le crâne qui mastiquait ses propres dents, des curieux se dispersèrent tandis que d'autres se mirent à prier, adressant à ce nouveau dieu leur désir de satiété.

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